Vigile Pascale

Le passage de la Mer

Le premier homme, Adam et sa femme Ève, avaient été créés purs et sans péché.  C’est pourquoi ils étaient nus et n’avaient pas honte l’un de l’autre.  Mais, lorsque le Satan vint brouiller les cartes, et la vue de nos premiers parents, ces derniers ne reconnurent plus en Dieu leur Créateur, leur Père et ami qui venait leur parler face à Face dans la brise du soir. 

Tout au long de l’Histoire du Salut, il y eut d’une part Dieu qui cherche à entrer en relation avec ses créatures, à signifier à l’homme qu’Il est Dieu et qu’Il l’aime.  Mais il y a d’autre part le Satan, ou le Diviseur comme on l’appelle également, qui jette le trouble dans le cœur des hommes et veut nous mettre sous sa botte.  La paix et l’amour d’une part, l’angoisse, la haine d’autre part. 

L’histoire se répète, de génération en génération…  Chassés du paradis, les humains survivent à la sueur de leur front et dans les douleurs de l’enfantement.  Dieu est toujours là et demande : je t’aime, veux-tu m’aimer ?  Je te conduis, veux-tu me suivre ?  Je suis avec vous, veux-tu de moi ? 

Dieu aima Abraham et lui promit une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel.  Dieu aima le Peuple et envoya Moïse pour le sortir des griffes du Pharaon.  La nuit de la délivrance devint la Nuit par excellence, la Nuit de la victoire.  Dieu aima le Peuple et choisit d’habiter le Temple que Salomon construisit à Jérusalem.  Dieu aima le Peuple malgré ses péchés, et envoya inlassablement les Prophètes pour dire : Ton Rédempteur, c’est le Dieu Saint d’Israël.  Vous tous qui avez soif.  Et lorsque le peuple fut exilé, d’autres prophètes dirent : apprends où se trouve la demeure de la sagesse.  De toutes vos souillures je vous purifierai. 

Mais cela n’a pas suffi…  Dieu envoya son Fils Unique qui vint dire : Dieu est votre Père, Il vous aime… et les chefs du Peuple l’ont condamné à mort.  Le démon pensait tenir, enfin, sa victoire.  Le Fils de Dieu était mort et enterré.  Mais Dieu son Père vint à son secours et, à cause de l’obéissance de ce Fils, Il le délivra de la mort, Il le délivra du pouvoir de Satan.  Ressuscité des morts, le Christ le meurt plus, sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir. 

En cette nuit, le Peuple célébrait le passage de la Mer Rouge, la libération de l’esclavage.  Souvenir de l’acte sauveur qui fonda l’unité du Peuple d’Israël.  C’est cette même nuit que Jésus passa l’autre Mer, celle qui sépare le monde terrestre du monde des Vivants, le monde de l’éternité.  Jésus nous a précédé dans le pays où ruisselle le lait et le miel, dans ce pays où la mort est définitivement vaincue.   

La vie continue, le bien et le mal sont toujours à l’œuvre en nous et autour de nous.  Mais la victoire de Jésus sur la mort, sa victoire sur le mal, est définitive et irréversible.  À nous de savoir où nous nous plaçons dans le monde.  Du côté du bien ?  Du côté du mal ?  Même si nous devons toujours lutter pour garder le cap, avancer dans le bien.  L’homme est divisé.  Mais Jésus nous donne l’assurance de la victoire finale.  Jésus a ouvert le chemin qui traverse la Mer Rouge.  Le seul chemin qui conduit à Dieu et à la vie éternelle.  L’homme ancien qui est en nous a été fixé avec Jésus sur la croix.     Avec Jésus, par le baptême, nous sommes passés de la mort à la vie.  Nous croyons que nous vivrons avec Lui. 

Les hommes en blanc qui parlent aux Femmes font le lien entre notre monde terrestre et le monde dans lequel Jésus est entré avec son corps meurtri par la souffrance et la croix.  Jésus est passé sur l’autre rive, mais Il continue à nous accompagner.  Les sacrements sont notre nourriture spirituelle par lesquels Jésus reste proche de nous.  Il nous nourrit, il nous éclaire, il nous conduit.  Il nous attend… 

Oui, le Christ est vraiment ressuscité !  Rendons grâces à Dieu et jubilons, sachant que notre vie prend tout son sens dans cette résurrection qui a changé la face du monde.

Frère Bernard-Marie

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Mars 2021

Dimanche 7 : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » disait, en son temps, un certain Jean de la Fontaine. La foi chrétienne fait de la patience une vertu.  Or, malgré l’idée commune d’un Dieu prompt à réagir et à nous punir, le Père des Cieux ne cesse de rappeler qu’Il est lent à la colère et qu’Il est d’une infinie patience envers les êtres humains. A son image, comment exercer cette vertu ? D’abord envers nous-mêmes, si lents à apprendre et toujours prêts à refaire les mêmes erreurs ; et puis, envers les autres, qui ne vont jamais assez vite vers le Bien. Et que dire de la patience à cultiver envers Dieu et son projet pour les âmes ? Telles sont les questions qu’aborde Régis Burnet dans une de ses « Foi prise au mot » :  Patience !

Jeudi 11 : L’hôtellerie étant encore et toujours fermée, nous partageons de nouveau le repas – chacun de son côté – avec les membres du conseil d’administration.

Dimanche 14 : Mgr Ulrich vient passer la journée parmi nous toujours dans les mêmes conditions que lors de ses précédentes venues, à savoir : il préside, comme il se doit, l’Eucharistie, puis partage, évidemment, notre repas. Enfin, après None il nous donne des nouvelles diverses et variées du diocèse en insistant sur ce qui devrait se faire en matière de coopération entre prêtres, diacres, laïcs et vierges consacrées. Dans la même veine, il nous partage quelques réflexions sur le synode de la ville de Lille. Quant au sujet « brûlant » et de la responsabilité des évêques face aux abus sexuels dans l’Église, s’il reconnaît des fautes, Monseigneur pense que les évêques ne sont pas à proprement parler responsables, qu’ils n’ont pas la capacité de juger la gestion de leurs prédécesseurs. Enfin, pour conclure, un mot sur le séparatisme. Sujet sur lequel il demande que soit ouvert un chemin d’entente

Lundi 15 : Père Abbé s’en va à Orval pour la « conférence régionale ». Retour avant le couvre-feu de la Saint Joseph. Surtout que, dès le lendemain, nous serons de nouveau en confinement, quoique moins strict que les deux premiers. Et nous terminons cette fête de Saint Joseph en regardant une émission tirée de « la foi prise au mot » « évidemment » consacrée à……. St Joseph.

Dans les quelques chapitres de la semaine, Père Abbé nous fait part de ce qui a été étudié au cours de la conférence régionale, à savoir : les rapports de maisons de la région, la constitution 67 sur les communautés fragiles, comment insérer dans notre législation commune avec les moniales les nouvelles dispositions Cor Orans. Le prochain chapitre général étant reporté à septembre 2022 parait problématique car il y aura beaucoup trop de questions à traiter, risque d’immobilisme. Il ont également réfléchi au profil du prochain Abbé Général : la région le souhaite toujours fraternel et écoutant, créatif, bon connaisseur de l’Ordre pour en être le lien et … écrivain. Quand on pense que toutes ces questions ont été traitées, on ne peut que tirer son chapeau aux participants.

Dimanche des Rameaux : Au début de « la Grande Semaine », Père Podvin   nous commente ce qui fait l’actualité, à savoir pêle-mêle : côté corona : pression toujours très vive ; résistance de la France à éduquer. Plus positif : écoles toujours ouvertes mais jusqu’à quand ? Grand retard dans la vaccination. L’Europe est trop dépendante des grandes puissances : Pas assez de moyens pour les chercheurs. L’attention portée sur le Corona masque les débats concernant l’euthanasie. Quant au voyage du Pape en Irak, il n’est pas passé inaperçu dans l’opinion publique ce qui est une bonne chose. Ce qui entraîne beaucoup de croyants à relire « Fratelli Tutti ». Et pour ce qui est de l’Église, il note que la CEF a instauré un service national contre les abus. Même s’il est souhaitable que l’Église redevienne une « maison sûre », le moral des troupes est, on le comprend, en berne. Encore et toujours de quoi prier. Lundi Saint il est à l’écoute de ceux qui le souhaitent.

Mardi Saint : Père Abbé participe à la messe chrismale à la cathédrale.
Au cours de ce mois, quelques travaux « hors du commun » ont été réalisés ou sont encore en cours. D’abord, l’entreprise «Crescendo » s’est attelée à remettre la sono « au carré » un peu partout dans la maison. Quant à Sébastien et Freddy, eux s’attachent à réaménager le devant de l’hôtellerie, en y faisant notamment réapparaître le trottoir qu’on ne voyait plus depuis « belle lurette ». Frère Michel, Roberto et David, eux, ont élagué les tilleuls, toujours côté hôtellerie.

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Solennité de Saint Joseph

Lorsque l’ange Gabriel eut terminé son dialogue avec Marie, celle-ci s’empressa de se rendre auprès de Joseph pour lui annoncer la grande nouvelle.  Joseph a certainement réagi comme Manoah après la visite de l’ange annonçant à sa femme qu’elle enfanterait un fils.  Manoah s’adressa au Seigneur en disant :

Je t’en prie, Seigneur, que l’homme de Dieu que tu as envoyé revienne vers nous,
et qu’il nous enseigne ce que nous devrons faire pour l’enfant qui va naître. (Jg 13,8)

On peut comprendre l’inquiétude de Joseph, ne sachant pas ce que Dieu attend de lui.  Est-ce que Dieu souhaite que Joseph renonce à se marier avec sa bien-aimée ?  Est-ce que, dans le cas contraire, Joseph sera à la hauteur de la tâche que Dieu lui confie, à lui et à sa femme ?  Sachant qu’une naissance avant mariage était extrêmement mal vue à l’époque, on peut comprendre l’inquiétude de Joseph.

Mais le Seigneur ne laisse pas tomber celui qui met en Lui sa confiance.  C’est certainement la première conclusion que tira Joseph, ce qui lui permit d’aller dormir le cœur en paix.  Comme nous venons de l’entendre, c’est pendant son sommeil que l’ange du Seigneur vint confirmer à Joseph qu’il avait une place importante dans le projet que Dieu avait initié avec Marie son épouse. 

L’ange du Seigneur dit en effet à joseph :

Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

Joseph peut encore méditer le message reçu par Manoah.  Il se rappelle la vie de son fils Samson, qui fut juge pendant 20 ans et libéra le peuple qui était soumis aux Philistins.  Et Joseph de se demander : que sera donc cet enfant ? 

Il comprit également que son rôle auprès de l’enfant à naître serait important, peut-être primordial…

Joseph médita ensuite la vie du patriarche Joseph, fils de Jacob, que Dieu avait envoyé en avant en Égypte.  S’ils portaient le même nom, pouvait-il y avoir quelque similitude dans leur destin ? 

Le patriarche vécut d’abord la persécution par ses frères, il fut esclave, emprisonné, avant que le Pharaon ne reconnaisse ses dons et le nomme gérant de tous ses biens et de toute l’Égypte.  Il avait été envoyé en précurseur, afin de sauver son peuple de la famine. 

Joseph, l’époux de Marie était menuisier, certains élargissent son métier en tailleur de pierre.  Humble artisan, il travailla dur pour subvenir aux besoins de sa famille. 

Une fois que Jésus a quitté le cocon familial, nous n’entendons plus parler de Joseph.  De loin en loin les évangiles rapportent que Marie la Mère de Jésus, est à ses côtés, que ce soit à Cana ou au pied de la Croix.  Ailleurs on signale que les frères et les sœurs, avec ou sans la Mère de Jésus, viennent le chercher… Mais de Joseph il n’est fait aucune mention. 

L’hagiographie en a parfois déduit que Joseph serait décédé très tôt, mais rien n’est moins sûr…  Dans l’Histoire de Joseph, texte apocryphe du IVème siècle, Joseph mourut à l’âge de 111 ans.  Il a ainsi la préséance d’un an sur le patriarche Joseph qui, selon le Livre de la Genèse, mourut à 110 ans.  

Qu’il ait eu une courte ou une longue vie, toujours est-il que les Évangiles ne rapportent aucune parole de Joseph.  Il est ainsi un modèle pour nous moines : d’après Saint Benoît le moine doit obéir au premier appel de son supérieur.  Joseph a toujours obéi, sans poser de questions, sans récriminer, sans hésiter même.  Suivons son exemple dans notre vie quotidienne.

Le 19 mars 1923, il y a donc 98 ans jour pour jour, le chapitre conventuel a élu Saint Joseph comme Archi-abbé de l’abbaye Sainte Marie du Mont.  Tout au long de l’histoire de notre communauté, des frères ont eu une dévotion particulière pour Saint Joseph.  Comme il trône au milieu de notre préau, ce n’est pas difficile d’aller le prier.  Certains moines le priaient pour qu’il nous envoie des novices, d’autres y vont pour demander l’aide dans les questions économiques, d’autres enfin, par dévotion particulière pour le Père terrestre de Notre Seigneur Jésus-Christ. 

Dans les deux ans qui nous séparent du centenaire de l’élection de notre archi-abbé, supplions Saint Joseph de nous envoyer des vocations, afin que la vie monastique sur le Mont et sous sa garde perdure.  Que la participation à l’Eucharistie en ce jour de sa fête, Jésus lui-même intervienne auprès de son père nourricier et auprès de son Père des Cieux pour que notre prière de ce jour se réalise.

Frère Bernard-Marie

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Février

Dimanche 14 : A quelques jours de la « grande quarantaine », Père Podvin nous revient pour exercer son ministère de confesseur extraordinaire de la communauté. Et comme à l’accoutumée, il nous commente l’actualité tant religieuse que profane. Côté religieux : il nous apprend la nouvelle que nous savions déjà… à savoir : Père Jean-Luc Garin consacré évêque ce jour même pour le diocèse de Saint Claude. Il relève le grand nombre de diacres dans le diocèse, ce qui ne va pas sans poser quelques questions. Point de tensions avec le gouvernement à propos des projets autour du communautarisme et « le séparatisme ». Côté profane : Père Podvin nous partage son inquiétude quant à la montée de la violence chez les jeunes. Il relève aussi la venue au grand jour des questions d’abus sexuels et autres harcèlements mis au jour aussi dans la société. Les conséquences de la COVID ne sont pas à négliger : la montée de la précarité, se basant sur le constat fait par l’économiste franco-américaine Esther Duflo. De quoi nourrir notre prière !

Mercredi 17 : Le disciple n’est pas plus grand que son maître. Aussi, à l’exemple de Jésus lui-même, nous commençons notre temps de désert en entrant en Carême. Liturgie au gout de Cendres saupoudrées sur nos têtes pour ne pas toucher les fronts, mais la braise de l’Esprit est sous la cendre prétend l’homélie du P. Abbé !avec« au programme des réjouissances », lectio  et prière en commun chaque soir.  
Avec le menu « spécial carême », c’est le moment favorable pour relire notre Vivre ensemble au Mont des Cats, crû 2020 ! 

Mardi 23 : Frère Bernard-Marie apprend le décès de sa maman très affaiblie depuis le mois de juillet, ayant atteint l’âge de…102 ans.

Mercredi 24 : Étant donné la fermeture de l’hôtellerie qui se poursuit, Nadine et Thérèse reprennent du service en communauté pour y assurer du nettoyage. On envisage d’accueillir les personnes qui souhaitent venir sur la journée, sans prendre de repas.

Vendredi 26 : Dunkerque, toute proche, les Hauts de France, dans l’œil du variant anglais la COVID prospère … sont menacés de restrictions plus sévères. Un espoir dans l’arrivée des doses de vaccin qui permettent de « piquer » les plus de 75 ans ; ainsi P. Abbé a reçu la 1° dose, F. Jean-Pierre va suivre …

 Bibliothèque :  Ca bouge dans les rayonnages. P. Daniel avec son équipe s’oriente vers un nouveau logiciel et un classement Dewey pour le rangement des livres.
David Vallon, familier parmi nous, met son savoir-faire à la reliure des revues pour commencer ; l’atelier était en panne faute d’artisan !

Il y a un temps pour tout, dit un certain Qohélet « Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher. Et il y aussi Un temps pour changer, dit le pape François dans ce nouveau livre dans lequel il veut discerner le sens que peut avoir pour nos sociétés la COVID 19

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Cinquième Dimanche du Temps Ordinaire

Jésus à Capharnaüm

Nous venons d’entendre la suite de la « journée à Capharnaüm », présentée par Saint Marc au début de son Évangile.  La semaine dernière nous avons suivi Jésus dans la Synagogue de cette petite ville, le jour du Shabbat.  Jésus y a fait la lecture puis donné un enseignement nouveau, avant de faire une guérison. 

Marc a composé cette « journée » de manière précise, montrant l’autorité de Jésus dans son enseignement à la synagogue, puis dans les deux guérisons, avant de passer le reste du shabbat dans la maison de Pierre.  Au coucher du soleil, dès que le shabbat se termine, les gens accourent pour se faire guérir.  Jésus restaure ainsi la Création en ce septième jour, jour où le Créateur se reposa de toute l’œuvre qu’Il avait faite. 

Même si l’évangéliste a fait œuvre littéraire en juxtaposant des éléments de la tradition de Jésus glanés ici et là, il ne s’agit pas pour autant d’une présentation idéalisée ou romancée de la vie de Jésus…  Les évangélistes ont, chacun à sa manière, transmis pour leurs communautés respectives, les paroles et les actes de Jésus afin de nourrir leur foi et leur prière.  On peut imaginer que les chrétiens à cette époque souhaitaient vivre le Jour du Seigneur comme Jésus avait vécu le Shabbat.  Mais l’interprétation que fit Marc ne s’arrête pas à la rédaction de son Évangile.  Ce texte n’est pas un message hors du temps…  Si la liturgie nous invite à relire la Bible, c’est qu’il s’y trouve un message, une Parole de Dieu pour nous ici et maintenant, pas seulement pour les chrétiens de la période apostolique. 

Lorsque l’Église nous invite à relire cette péricope, elle met en parallèle, dans la première lecture un extrait du Livre de Job.  Est-ce que Job exagère sa plainte ?  Non, les souffrances qu’il décrit sont le lot de nombre de personnes de par le monde, aujourd’hui comme du temps de Jésus, comme du temps de Job.  La liturgie crée un contraste extrême par la mise en parallèle d’un texte de l’Ancien Testament avec cet Évangile.  Pour Job les jours sont sombres, vides et sans espoir.  Avec Jésus, Marc décrit un jour plein et accompli, perfection de santé, de sainteté et de salut.  Il ne s’agit pas seulement de la puissance de la Parole de Jésus, pas seulement de sa puissance sur les démons et la maladie.  Non, Jésus a tout pouvoir sur le chaos du monde. 

Ce que Jésus a fait de son vivant, l’Église croit qu’Il le fait encore aujourd’hui.  C’est pourquoi elle nous propose la juxtaposition de ces deux textes.  D’une part le découragement et l’avenir bouché d’un homme loin de Dieu et submergé par les épreuves.  D’autre part la présence de Jésus au milieu de nous qui donne sens à la souffrance, qui nous montre la voie vers la lumière et le bonheur.  En cette période de pandémie mondiale, le contraste est terriblement d’actualité…

Rappelons-nous cette autre parole de Jésus, qui peut nous rassurer devant les situations difficiles qui ne manquent pas : « Mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11,28-30).  Jésus est venu transformer le monde, apporter le salut.  Oui, le salut que Jésus vient apporter remplit le vide et le chaos dont souffrait Job, dont souffrent tant de gens désorientés aujourd’hui.  La Bonne Nouvelle que Jésus est venu nous apporter renverse tout, elle donne sens à notre vie, à nos souffrances.  La nuit est à sa fin, le jour se lève sur un monde nouveau.  Ainsi la belle-mère de Pierre.  Dès que Jésus la touche, elle se lève et elle les sert, nous dit Saint Marc. 

C’est cette même Bonne Nouvelle que Saint Paul a découverte et pour laquelle il s’est donné à fond, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture. 

Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté,
c’est une nécessité qui s’impose à moi,
nous a-t-il confessé.  L’expérience humaine et spirituelle que Paul a vécue, depuis sa rencontre avec Jésus sur le chemin de Damas, a fait de lui un autre homme, prêt à tout pour transmettre son bonheur au plus grand nombre.  La vie de Paul ne fut pas un long fleuve tranquille.  C’est avec quelque fierté qu’il rappelle le nombre de persécutions, de coups de fouets, de naufrages (2Co 11,24-25).  Paul a accepté de se laisser conduire par Jésus et, à la fin de sa vie, il peut affirmer : J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi (2Tm 4,7).

Nourris par cette confiance à toute épreuve, nous pouvons reprendre la prière d’ouverture de cette célébration, où nous demandons à Dieu de veiller sur sa famille, en demandant :
Puisque ta grâce est notre unique espoir, garde-nous dans ta constante protection.

Et, après avoir participé au Repas du Seigneur, nous demanderons à Dieu :
Accorde-nous de vivre tellement unis au le Christ
que nous portions du fruit pour le salut du monde

Nous pourrons alors porter sereinement notre propre fardeau et aider nos proches à porter le leur.  C’est la prière que nous adressons à Jésus durant cette eucharistie.  Nous savons que Dieu exaucera nos demandes et qu’Il donnera un peu de lumière à ceux pour qui la vie est ténèbres.

Frère Bernard-Marie

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