Vingt-troisième Dimanche

Jésus se rend en territoire païen.

La semaine dernière, nous avons repris la lecture de l’évangile selon Saint Marc, après avoir entendu tout le mois d’août le discours sur le Pain de Vie dans l’Évangile de Jean.  Après avoir décrit le pur et l’impur face aux remarques des scribes et des pharisiens, Jésus se rend dans le pays de Tyr et de Sidon.  C’est lorsqu’il séjourne incognito dans ce pays païen que la Syro-Phénicienne vient le supplier de guérir sa fille possédée par un esprit impur.  Jésus adresse cette parole dure à la femme : Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens…   Jésus à ce moment estime en effet qu’Il est envoyé aux seules brebis perdues d’Israël.  Mais, devant la foi à déplacer les montagnes de cette femme païenne, Jésus exauce sa prière.
De là, Jésus reste en territoire païen et se rend dans les territoires au-delà du Jourdain, dans la Décapole.  C’est l’évangile de ce matin.  Ici Jésus fait une autre guérison, encore d’une personne malade.  Puis, au début du chapitre huit, Marc rapporte la seconde multiplication des pains, qui se fait en faveur des foules païennes.  Cette séquence non plus ne sera pas proposée dans la lecture dite continue de l’évangile selon Saint Marc.
Mais pourquoi donc Jésus quitte-t-il le pays d’Israël ?  Dans la tradition juive, quitter le pays signifie ne plus être sous la dépendance du Dieu d’Israël.  Jésus passait par une crise grave, comprenant que les foules ne reconnaissaient pas en lui le nouveau Moïse, mais l’homme qui guérit et donne à manger gratuitement.  Ils envisagent de nommer Jésus roi, roi terrestre, mais ne reconnaissent pas son pouvoir et sa parole prophétiques.
Une telle « fuite » hors du périmètre sacré d’Israël fut également le fait du prophète Élie.  Après avoir montré sa puissance face aux 400 prophètes de Baal sur le Mont Carmel, Élie s’enfuit de peur des représailles de la reine Jézabel (1R 19).  Dieu vint en aide à Élie et le rassura sur sa mission.  Il fit de même avec Jésus.  Dans les deux cas, Élie et Jésus, il s’agit d’un accès de découragement, en voyant que les actions entreprises ne donnent pas les effets attendus.  Jésus s’est présenté comme le nouveau Moïse attendu par le peuple, et celui-ci n’a vu en Jésus qu’un guérisseur et un faiseur de miracles.  Mais le peuple ne s’interrogea pas sur le fond.
Comme Dieu confirma Élie dans sa mission de prophète sur le Mont Sinaï, Il confirma certainement Jésus dans son ministère de l’annonce de la survenue du Règne de Dieu.  De retour des pays limitrophes, Jésus agit de manière nouvelle, d’une part en enseignant les foules par des paraboles plutôt que les miracles, d’autre part en enseignant directement aux disciples les mystères de ce Royaume.
Ce fut une étape dans la vie de Jésus… une étape dont nous n’avons que quelques bribes, mais suffisamment pour nous rendre compte que sa mission ne fut pas simple, et que le doute était de la partie.  Viendront ensuite les critiques de plus en plus vives, voire féroces, des chefs du peuple, ce qui conduira à la mise à mort de Jésus.
Jésus, comme Élie, a vécu ce que tant de gens vivent durant leur vie.  Après avoir fait tout ce qu’on pensait bien faire, après s’être fatigué et dépensé pour la bonne cause, devant l’ingratitude des uns, la critique des autres, l’incompréhension, ou encore notre propre vieillissement, chacun se demande un jour s’il n’a pas fait fausse route.
Comme Jésus, comme Élie, nous sommes alors invités à nous « poser », à nous arrêter pour réfléchir à ce qui a été et ce qui ne va plus.  Dieu alors viendra à notre secours et nous éclairera pour reprendre notre route.  Comme Il a fait pour Élie – qui nomma Élisée prophète pour lui succéder – et pour Jésus – qui modifia sa façon d’annoncer la venue du Règne.
Pour nous aussi, parfois, la situation est difficile.  Sans entrer dans les détails de la crise que traverse actuellement l’Église… avec les loups qui hurlent de tous côtés, tant dans la bergerie qu’en-dehors, on ne sait plus à quel saint se vouer.  Certains vont jusqu’à demander la démission du Pape.  Personne ne possède toute la vérité.  Souvenons-nous de l’expression qu’aurait dite Sainte Catherine de Sienne : Mieux vous être dans l’erreur avec le pape que dans la vérité contre le pape.  Et, pour reprendre l’appel du pape François, seuls la prière et le jeûne viendront à bout de la crise…
Dans cette Eucharistie, demandons à Jésus de nous éclairer sur notre route et de nous confirmer si nécessaire dans les choix faits ou à faire.  L’Eucharistie, repas de communion, est le prélude de la communion avec tous les saints dans le ciel.  Jésus, Seigneur, Christ et Sauveur, nous aidera dans les épreuves.

Frère Bernard-Marie

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Août

Mercredi 1, nous arrivait du Brésil Père Matias Fonseca de Medeiros, moine de la congrégation bénédictine brésilienne.  Plusieurs raisons le font venir régulièrement en Europe, dont la responsabilité de l’édition en Portugais du Bulletin de l’AIM (Aide Inter-Monastères).  Comme il y a trois ans, il est venu au Mont des Cats revoir Frère Bernard-Marie.  Au chapitre il nous parle de sa congrégation bénédictine et de tout ce qu’elle doit à Mgr Gérard van Caloen, moine de Maredsous et restaurateur de la Congrégation brésilienne entre 1895 et 1910.  Il insiste sur le fait que la réussite de l’œuvre demandée à Dom Gérard van Caloen a abouti à cause de sa forte personnalité.   Après avoir été président de la Congrégation, Dom Gérard fut nommé évêque de l’état de Paraiba dans le Nord du Brésil.  Il est l’arrière-grand-oncle de Frère Bernard-Marie, raison pour laquelle ce dernier a fait des recherches sur son parent, et qu’il s’est rendu au Brésil en 2015.  Père Matias lui avait alors facilité le voyage.
Dimanche 5 : Notre frère Florent entre à l’hôpital en vue d’une opération à la colonne vertébrale.
Mardi 7 : Isaac se sentira moins seul. En effet, Igor, déjà venu de Croatie « dans une vie antérieure » le rejoint pour trois semaines. Lui aussi reçoit le statut de « regardant ».
Vendredi 10 : Frère Jean Pierre s’en va du côté de Grenoble pour assister au mariage d’un de ses neveux. Il rentrera lundi 13.
Dimanche 12 : Les mélomanes de la maison – et les autres aussi – ont le plaisir d’entendre « le coucou », « le printemps » de Vivaldi et « la Moldau » (Smetana) dans le cadre de La Folle Journée consacré à Dame Nature.
Lundi 13 : Après Gabriel et Vlad, c’est au tour de Petre et Daniel – tous deux déjà venus – de partager notre vie pendant quelques semaines. Frère Albéric Marcel quant à lui, s’en va à Campénéac où, sa cousine moniale à Ampibanjinana, vient pour suivre la session de formation « Ananie ». Il rentrera le jeudi 16.
Mardi 14 : Pour préparer nos cœurs et nos âmes à la fête de l’Assomption, nous écoutons une conférence du Père Philippe Fabre « Marie et l’accueil de la grâce ».
Dimanche 19 : Au décès de leur mère, deux frères et une sœur apprennent qu’ils ne toucheront leur héritage que s’ils font ensemble, à pied, la marche du Puy-en-Velay à Saint-Jacques-de-Compostelle. Mais ils se détestent autant qu’ils détestent la marche. Ils se mettent pourtant en route, mus par l’appât du gain. Ils rejoignent leur guide au Puy et découvrent qu’ils marcheront avec un groupe de six autres personnes, dont un jeune beur qui fait croire à son cousin un peu naïf qu’il l’emmène à La Mecque, alors qu’il poursuit une jeune pèlerine, l’amour de sa vie… Voilà de quoi traite De la Mecque à Saint Jacques que nous regardons.
Jeudi 23 : F Patrick s’en va passer quelques jours en famille pour célébrer les 50 ans de mariage de cousins qui lui sont très proches.  Ces derniers sont investis dans la vie de l’Église en tant que membres de la Communauté Vie Chrétienne, de spiritualité Ignacienne.
Samedi 25 :   Visite courte mais très sympa du colonel et de Madame Richard  Evraire   du « Royal 22ème Régiment », seul régiment canadien-français, dont Sa Majesté Elisabeth II en est colonelle en chef.     Accompagnés du capitaine Martin, ils sont venus célébrer le centenaire de la bataille Cherisy (près de Arras) où leur troupe fut cruellement décimée.  C’est au cours de cette bataille que le général Vanier a été blessé à la jambe…  Ils nous laissent en souvenir un très bel album sur leur régiment et un magnifique rappel de toutes les batailles engagées sous forme d’un riche tissage sous-verre rappelant leur drapeau et dédicacé à notre père abbé.

Rien ne va plus dans la paroisse de Sainte-Marie aux-Fleurs, à Saint-Germain-La-Villeneuve : les membres de l’équipe florale se crêpent le chignon, une pétition de fidèles circule contre le curé, l’évêque est mécontent, la chapelle Sainte-Gudule est menacée de démolition, on a vandalisé le confessionnal et la vieille Marguerite entend parler les morts… Sans compter que Monsieur le curé a disparu ce matin. Nous ne risquons pas de nous nous ennuyer en écoutant Monsieur le curé fait sa crise roman de Jean Mercier, éd. Emmanuel 2016, d’autant plus que la critique lui est plus que favorable.  Ainsi par exemple : « Un formidable roman, plein d’intelligence, d’humour et de sagesse. » Claire Lesegretain – La Croix
« Un récit bouleversant qu’on lit sans s’arrêter, par un auteur qui semble bien comprendre les prêtres d’aujourd’hui. »   Abbé Amar – Padreblog
« Une invitation à nous convertir nous-mêmes, à convertir le regard que nous portons sur l’Église. Passionnant.»   Erwan Le Morhedec – Koztoujours

Dans un village cosaque de la Russie encore soviétique des années 1980, un jeune homme découvre l’Évangile et décide d’y consacrer sa vie.  Le père Alexandre Siniakov, de l’Église orthodoxe de Russie, raconte dans  cet ouvrage son chemin atypique qui l’a conduit des steppes du Caucase à la France des écrivains qu’il lisait en secret.
Dans Comme l’éclair part de l’Orient, l’auteur retrace son itinéraire spirituel et intellectuel qui prend librement racine entre les peines du déracinement et les joies de la migration,  entre les prophètes et les ânesses. Les pérégrinations d’un pèlerin russe contemporain et hors frontières.

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Solennité de la Dédicace de notre Eglise

(1R 8,22-23.27-30 ; 1P 2,4-9 ; Jn 10,22-30)

Nous célébrons aujourd’hui la fête de la dédicace de cette église.  Construite en 1898 et dédicacée en juin de cette année-là, c’est-à-dire il y a juste 120 ans.  Du fait des ravages de la première guerre mondiale, il fallut reconstruire l’église (sauf les murs) et elle fut à nouveau consacrée le 30 août 1950.
Avec Saint Bernard, rappelons-nous ce qui fait la gloire d’une église, ce qui fait la joie de ceux qui la fréquentent…
Qui pourrait redouter de déclarer saints ces murs que les mains sacrées des évêques ont sanctifiés par de si grands mystères ?  Depuis lors, en outre, on le sait bien, ils ont retenti continuellement de saintes lectures, ils ont fait écho aux murmures de saintes prières, ils ont été honorés par la présence de saintes reliques, et les saints esprits  y ont tenu une veille incessante.
Et plus loin, en justifiant cette affirmation solennelle, Bernard précise sa pensée :
Ces murs, il est vrai, peuvent eux-mêmes être qualifiés de saints…  II n’en demeure pas moins que leur sainteté n’a pas à être honorée pour elle-même, car il est bien certain qu’ils n’ont pas été sanctifiés pour eux-mêmes.  Au contraire, c’est en raison des corps que la maison est sainte, en raison des âmes que les corps sont saints, et en raison de l’Esprit qui les habite (Rm 8,11) que les âmes sont saintes.  (Saint Bernard, Sermon IV pour la Dédicace, 1 et 4)
C’est donc parce que cette demeure est un lieu de prière, un lieu de rencontre avec le Dieu Saint qu’elle est sainte.  La sainteté de la demeure n’est pas pour elle-même, mais pour nous qui nous réunissons ici chaque jour, plusieurs fois par jour, pour prier le Seigneur, l’adorer, le supplier… Le Seigneur est présent dans ce lieu saint et nous demandons avec insistance, tout au long de notre vie, qu’Il fasse sa demeure aussi dans notre cœur.  Afin que nous ne soyons qu’un cœur et qu’une âme, entre nous en communauté, avec ceux qui viennent prier avec nous, mais également avec tous les moines qui nous ont précédés, avec tous les saints, avec les anges et avec Jésus lui-même, qui nous invite ici à nous approcher de Dieu son Père.
Lorsque Saint Pierre nous parle de la construction de la demeure spirituelle, dont la pierre angulaire est, évidemment, le Christ en personne… On peut aussi rapprocher cela de la spiritualité bernardine en affirmant, sans crainte d’exagérer, que nous sommes tous, chacun pour sa part, au sein de la communauté de prière, la pierre angulaire, précieuse, qui fera tenir la Maison de Dieu.  Nul n’est de trop, tous sont indispensables à la bonne marche et à la prière commune.
Dans la péricope de son épître que nous avons entendue, Pierre rappelle un verset du Psaume 117 :  La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle…
Ce Psaume a probablement été composé à l’époque de Néhémie pour la Dédicace du Temple reconstruit après l’exil.  Il s’agit d’une liturgie processionnelle qui fait avancer le peuple depuis les parvis jusque devant le Temple.  Les portes en sont ouvertes solennellement et les prêtres avancent jusqu’à l’autel.  C’est à ce moment précis que l’on chante ce verset : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle…
On peut aisément imaginer que Jésus, sous la colonnade de Salomon sur le parvis du Temple, a participé à la liturgie de la Dédicace, comme nous le rappelle Saint Jean dans l’évangile de ce jour.  Savoir que Jésus a chanté ce Psaume au Temple pour les fêtes, lui donne une coloration particulière.  Ce n’est pas un Psaume de jadis, c’est un Psaume que Jésus a chanté !  Ce Psaume, nous le chantons tous les dimanches à Laudes, pour célébrer non plus la fête de la Dédicace du Temple, mais l’entrée triomphale de Jésus ressuscité dans le Temple du ciel.
En cette fin de journée de fête de la Dédicace de notre église, rendons grâce à Dieu d’avoir été choisis comme pierres vivantes de notre communauté monastique, de la communauté de prière qui se réunit ici.  Demandons à Dieu de ne pas nous laisser tomber.  La prière n’a pas vraiment cessé en ce lieu depuis bien avant la première dédicace de cette église.  Que le Seigneur nous donne la persévérance et les vocations pour perpétuer la louange de son Nom en ce lieu.
Que la participation à cette Eucharistie, prémices du festin éternel dans le Temple, nous donne la joie spirituelle : nous faisons déjà partie de la grande communauté des croyants qui chantent pour l’éternité les louanges de Dieu dans le Temple non fait de main d’homme.

Frère Bernard-Marie

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Communiqué de presse

Mont des Cats

 

Godewaersvelde, le 10 août 2018

 

 

 
Début juillet, nous avons été avertis de communications déplacées de la part d’un de nos frères, qui ne résidait plus au Mont des Cats, dans sa correspondance privée. Nous en avons été surpris et peinés.

Ce comportement n’est pas ajusté à la vie monastique.

Ce frère qui assumait une mission hors de l’abbaye depuis une dizaine d’années fait l’objet d’une mesure d’exclaustration, c’est-à-dire qu’il doit quitter le monastère.

Il a par ailleurs été relevé de ses autres missions au service de l’Eglise en France.

Nos pensées et nos prières se tournent particulièrement vers qui peut être personnellement blessé ou choqué en apprenant ces faits. Nous invitons les fidèles et les pèlerins de notre abbaye à prier pour eux, pour la communauté des frères qui veut pleinement vivre sa vocation monastique, et pour ce frère qui a à retrouver son équilibre de vie.

Dom Marc-André di Péa
Père Abbé du Mont des Cats

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Dix-huitième Dimanche TO, Année B

Je suis le pain de vie.

Durant les dimanches du mois d’août nous continuons la lecture du chapitre 6 de l’évangile selon Saint Jean que nous avons commencé dimanche dernier.  La péricope de la semaine dernière nous rapportait la multiplication des pains que Jésus réalisa sur les rives du Lac de Galilée, quelques jours avant la fête de la Pâque juive (Jn 6,1-15).
Voyant que les foules ne comprirent pas le signe qu’il venait de faire, Jésus se retira sur la montagne pour prier tandis que les disciples rentraient à Capharnaüm en bateau.  Le vent leur étant contraire, ils passèrent la nuit sur le lac et virent Jésus les rejoindre en marchant sur la mer (Jn 6,16-21).  Le lendemain la foule qui avait été rassasiée par Jésus retourna sur le lieu du miracle et chercha, en vain, Jésus et ses disciples (Jn 6,22-23).  C’est ainsi que les foules retrouvent Jésus à Capharnaüm, et c’est le début de la lecture de l’Évangile de ce dimanche.
Jésus vient de faire plusieurs miracles qui rappellent les prophètes de l’Ancien Testament.  Moïse a enseigné le peuple, Jésus fit de même.  Élie donna à manger aux populations venues à lui, Jésus fit de même à partir des 5 pains et des 2 poissons.  Lorsque Jésus marche sur les eaux, traversant à pied sec, il refait également l’un ou l’autre miracle de Moïse, de Josué ou d’Élie…  De plus, dans le discours sur le Pain de vie que nous entendrons les prochains dimanches, Jésus nous dit que c’est lui qui donne le vrai pain venu du ciel, alors que les foules s’en réfèrent encore à Moïse.
Mais ni les foules ni les disciples ne comprennent ni ce que Jésus fait ni ce qu’Il veut dire.  Saint Jean est catégorique ici, alors qu’il rappelle tant de fois de manière convaincue ils virent et ils crurent.  Ici, rien de tout cela.  Nous avons la même incompréhension dans les autres évangiles.  En particulier chez Saint Marc, lorsque Jésus désenchanté leur pose la question, également après la multiplication des pains :
Vous ne comprenez pas et vous ne saisissez pas ?
Avez-vous donc l’esprit bouché,
des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre ?
Et ne vous rappelez-vous pas,
quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes,
combien de couffins pleins de morceaux vous avez emportés ? (Mc 8,17-19)

L’attente du Peuple juif de voir revenir Moïse, Élie et les prophètes était vivace.  Mais lorsque Jésus refait les signes, le peuple ne comprend pas.  Ils ne reviennent que pour manger gratuitement.  Et, afin de s’assurer les avantages pour eux seuls, ils envisagent de faire de Jésus leur roi…
Jésus ne répond pas à la question Rabbi, quand es-tu arrivé ici ?, mais il commence alors le long discours sur le pain de vie dont nous entendrons des extraits dimanche prochain et le dimanche suivant.
Les gens posent à Jésus la question :
Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ?  alors que Jésus leur a montré plusieurs signes en quelques jours.  Pourquoi n’ont-ils pas compris ?   Le pain que Jésus leur a donné ne devait pas ressembler à la manne, mais était un pain tout à fait ordinaire, comme celui qu’ils auraient trouvé dans les villages alentour.  Ce n’était donc pas un pain venu du ciel… qui aurait dû être tellement meilleur, tellement autre.
Ils attendaient un miracle éclatant.  Mais Jésus ne fait pas dans l’éclat, il agit en toute humilité.  Le pain était tellement ordinaire, le miracle était passé inaperçu.
Le petit bout du Discours sur le Pain de Vie que nous avons entendu à la fin de la péricope donne la réponse à la question posée :
Le pain qui descend du ciel et donne la vie au monde…
Moi, je suis le pain de la vie.
Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ;
celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

C’est avec les yeux de la foi que nous reconnaissons que le pain que Jésus nous donne est son Corps.  C’est dans la foi que nous reconnaissons dans la petite hostie toute simple, le Corps vivifiant du Seigneur Jésus ressuscité.
Si nous mangeons ce pain avec foi, nous n’aurons plus faim, nous n’aurons plus soif.  Mais il s’agit de la faim de la vie éternelle, de la soif de l’eau vive.
Demandons à Jésus, en cette eucharistie, de raviver notre foi et de nous faire découvrir, chaque fois que nous communions à son corps et à son sang, que nous participons au festin céleste auquel nous serons invités à participer éternellement une fois notre vie terrestre achevée.

Frère Bernard-Marie

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Juillet

Dimanche 1er : « A chacun mon tour » comme on dit. Après la chorale de Gode, c’est celle de Steenbecque qui « chante la messe » à laquelle se joignent  nos frères malgaches ce qui donne une célébration eucharistique des plus festives.
Madame Dany Perrey nous présente la série de vitraux qu’elle a réalisés pour la chapelle Saint Benoît Labre dans la crypte de l’église de Saint Pol sur Ternoise
Lundi 2 : Comme prévu, frère Jacques s’envole pour rendre service à l’Ordre. Auparavant, nous  l’avons remercié de son dévouement autour d’un dessert de circonstance.
Comme chaque année à pareille époque depuis maintenant presque 20 ans, nous retrouvons avec joie « les Roumains » comme on les appelle. Gabriel (vieille connaissance) accompagné de Vlad (tout nouveau) partageront notre vie durant un mois et demi
Mardi 3 : Nous recevons à notre table Messieurs de Lauriston et de Clebsattel accompagnés de leur épouse.  Le premier, pour le remercier de son dévouement au service de la communauté durant un peu plus de 10 ans.  Le second, pour lui souhaiter « longue vie » comme directeur de nos activités économiques.
Dimanche 8 : Quelquefois il est bon de retrouver les racines qui nous font vivre encore aujourd’hui. C’est ce que nous faisons en regardant un documentaire sur le monastère de Wadi Natroun où vécut Saint Macaire.
Lundi 9 : Monsieur Philippe Lahaine, le comptable embauché il y a à peine un mois, nous quitte pour raisons personnelles. Il est remplacé par  Madame Isabelle Guestin.
Mardi 10 : Une équipe de la télévision nationale japonaise (NHK) vient filmer à l’abbaye.  Dans le cadre d’une émission d’une heure sur la ville de Lille « Somewhere Street Lille », voilà qu’ils ont décidé de présenter pendant 10 minutes l’abbaye, avec son équilibre entre prière et travail à la fromagerie.
Jeudi 12 : « Le Seigneur te gardera au départ et au retour » dit le psaume. En ce jour, ce verset psalmique s’applique de manière on ne peut plus littérale à nos frères Laurent et Michel. Le premier s’en va à Maredsous suivre une seconde session sur la Règle de Saint Benoit. Quant au second il s’en revient de son séjour  chez nos sœurs de la Fille Dieu au pays des Helvètes.
Vendredi 13 : Anne Da Rocha et Gilles Darra nous reviennent avec des plans d’aménagement de l’église  plus détaillés. Ils nous reviendront fin août avec modèle à l’appui.
Isaac nous arrive en provenance directe du Congo pour passer quelques semaines parmi nous. Dans notre jargon monastique, on le qualifie volontiers de regardant.
Du 16 au 18, nous accueillons un journaliste et un photographe pour un dossier dans l’hebdomadaire « Le Pèlerin ».  Durant les mois d’été, ils présentent chaque semaine une « abbaye gourmande ».  D’autres abbayes ont déjà eu l’honneur d’un reportage, parmi elles Campénéac, Oelenberg, Jouques et Tamié.
« J’étais malade et vous m’avez visité » pourrait dire notre frère Oswaldo à notre Père Abbé ainsi qu’à notre frère Daniel.  Tous deux en effet se rendent à Citeaux du mercredi 18  au samedi 21  pour le soutenir et l’encourager. Il n’a pas d’autre choix, hélas, que de prendre son mal en patience. Nous le portons dans notre prière.
Dimanche 29 : Prophète de la miséricorde et « des vrais pauvres » selon le pape François, « mystique de la douleur ». Que nous dit Léon Bloy, sur l’époque actuelle ? En quoi son héritage est si riche d’enseignement ? C’est ce que nous découvrons en regardant une émission de KTO : « Léon Bloy, pèlerin de l’Absolu ».
La Providence veille sur tous ses enfants y compris sur les moines du Mont des Cats. De fait, en l’absence de frère Jacques, monsieur André Dubois tiendra l’orgue aux messes des dimanches et des solennités ce dont nous le remercions vivement. Cela nous donne du baume au cœur surtout au chantre de la maison.

Dieu dit qu’il y ait « La vie secrète des arbres » de Peter Wohlleben «Les Arènes » 2017, « afin que les hommes comprennent que les forêts ressemblent à des communautés humaines : parents et enfants communiquent entre eux. Il en va de même pour les arbres qui, par leur système radiculaire, (….) leur permet de partager des nutriments avec les arbres malades mais aussi donc de communiquer entre eux. »

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Solennité de Saint Benoît

Saint Benoît, père des moines

Le 24 octobre 1964 le pape Paul VI se rendit à l’abbaye du Mont Cassin, berceau de l’ordre des Bénédictins.  L’abbaye, qui avait été détruite par l’aviation américaine en 1944, fut entièrement reconstruite grâce au financement de ces mêmes américains, entre 1948 et 1956 telle qu’elle était avant la guerre.  Élu pape en juin 1963, le voyage de Paul VI au Mont Cassin est l’un des premiers voyages d’un pape du XXème siècle,  et l’un des premiers du nouveau pape.  Cela montre l’importance qu’il accordait à la vie monastique en général et à la vie bénédictine en particulier.
C’est à cette occasion et en ce lieu que Paul VI proclama Benoît patron principal de l’Europe.  Jean-Paul instaura comme patrons secondaires Saints Cyrille et Méthode en 1999 et les saintes Brigitte de Suède, Catherine de Sienne et Thérèse-Bénédicte de la Croix en 2008.  Mais revenons à Paul VI et à Saint Benoît en cette année de la canonisation du pape qui aura lieu le 14 octobre prochain à Rome.
Dans son homélie au Mont Cassin Paul VI affirmait que Saint Benoît et son ordre – les moines – ont prêché la foi chrétienne dans la famille des peuples, spécialement dans la famille Europe.  Ils ont également œuvré à la fraternité de tous les peuples de l’Europe à tel point que l’Europe fut la chrétienté.
Et ensuite le pape rappelait les mérites du saint Abbé, “messager de paix, artisan d’union, maître de civilisation, héraut de la religion du Christ et fondateur de la vie monastique en Occident”.  Il réaffirmait que lui et ses fils, “avec la croix, le livre et la charrue”, apportèrent “le progrès chrétien aux populations s’étendant de la Méditerranée à la Scandinavie, de l’Irlande aux plaines de Pologne”.
Lorsqu’en septembre 1980 le pape Jean-Paul II se rendit à Subiaco il commenta la décision de Paul VI en présentant Saint Benoît en ces termes :
Homme de Dieu, Benoît le fut en relisant continuellement l’Évangile, non pas seulement dans le but de le connaître, mais aussi de le traduire entièrement dans toute sa vie. On pourrait dire qu’il l’a relu en profondeur – avec toute la profondeur de son âme – et qu’il l’a relu dans son amplitude, à la dimension de l’horizon qu’il avait sous les yeux. Cet horizon fut celui du monde antique qui était sur le point de mourir et celui du monde nouveau qui était en train de naître. Aussi bien dans la rondeur de son âme que dans l’horizon de ce monde, il a affermi tout l’Évangile: l’ensemble de ce qui constitue l’Évangile, et en même temps chacune de ses parties, chacun des passages que l’Église relit dans sa liturgie, et même chaque phrase.
Sans comparer de manière simpliste notre monde avec celui de Saint Benoît, ou même avec celui du pape Paul VI, les moines ont encore un rôle à jouer dans l’Église et le monde, en corrélation avec le message des deux papes cités à l’instant.  La lecture de l’évangile au jour le jour, la lectio divina et la prière sont source de vie pour l’Église dans la monde.  C’est ce que nous rappelait Paul VI dans sa « Profession de Foi » qu’il proclama le 30 juin 1968, il y a donc juste 50 ans :
Nous confessons que le Royaume de Dieu commencé ici-bas en l’Église du Christ n’est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais qu’elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l’amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes.
Lorsque Paul VI affirme la place des chrétiens et des religieux dans le monde d’aujourd’hui, il ne parle plus de la transmission de la culture, comme il l’avait rappelé pour Saint Benoît et ses disciples à travers les siècles.  Les progrès techniques et scientifiques ne sont plus l’apanage des moines et des moniales.  Mais nous sommes chaque jour davantage invités à mettre nos pas dans ceux de Jésus et à étudier comment Jésus a fait pour vérifier comment nous devons faire.  La prière et la lectio divina, qui sont en quelque sorte la spécificité de la vie contemplative, doivent être notre but premier, doivent donner tout son sens à notre vie monastique.
Demandons au Seigneur dans cette Eucharistie en la fête de Saint Benoît, et par l’intercession du bientôt Saint pape Paul VI, la grâce de la fidélité à notre vocation et la persévérance dans notre œuvre monastique de prière et de louange.  Le Seigneur nous viendra en aide et ne nous décevra pas !

Frère Bernard-Marie

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Juin

Mercredi 6 : Le Père Bernard Podvin revient pour nous parler cette fois des états généraux de la bioéthique. Après un bref historique – la première loi date de 1994, révisée en 2004 et 2011 –, il constate que cette année les sujets abordés sont nombreux et même trop nombreux :  procréation médicalement assistée, intelligence artificielle, dons d’organes, fin de vie etc… Cela ne favorise guère un débat serein. Puis il nous présente le texte de la Conférence des évêques de France « Sur la fin de vie ou Oui à l’urgence de la fraternité ! » Là aussi, il y a de quoi prier !!
Dimanche 10 : Nous regardons quelques vues de Maromby, en communion avec les frères Jean de la Croix et Jean-Marie en ce jour de leur profession solennelle.
Samedi 16 : En vue du prochain départ de frère Jacques, pour un service dans l’Ordre, Père Abbé a nommé frère Bernard-Marie comme Prieur et frère Louis Marie comme hôtelier. Nouvelle occasion nous est donnée de prier les uns pour les autres.
Dimanche 17 : Le stress, la rentabilité à tout prix, les cadences infernales au travail ne datent pas d’aujourd’hui. Ils sont peut-être l’apanage du film « Les temps modernes » que nous regardons, avec un certain Charlie Chaplin dit « Charlot » dans le rôle principal. Là aussi, il y a matière à réfléchir et à rire !
Lundi 18 : Anne Da Rocha et Gilles Darra de la commission d’art sacré du diocèse viennent nous présenter 2 projets d’aménagement de l’église déjà envisagé depuis plusieurs mois. Il y aura matière à discussion dans les mois qui viennent.
Jeudi 21 : Si nos frères malgaches parlent aussi bien la langue de Molière, c’est notamment grâce à Madame Edith Cokelaer. L’heure de la retraite a sonné pour elle. Aussi, nos frères Laurent, Gilbert et Albéric ainsi que P.Bruno déjeunent avec elle.  Père Abbé la remercie vivement de son dévouement en lui remettant quelques cadeaux.
Vendredi 22 : Nouvelle journée de rupture de rythme. Certains en profitent pour se reposer « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » n’est-il pas vrai ? D’autres, au contraire s’en vont balader. Quant aux plus spirituels, ils en profitent pour « s’instructionner » en lisant ou d’autres encore passent peut-être leur journée en priant…
Dimanche 24 : L’Eucharistie de la Saint Jean Baptiste est animée par la chorale de Godewaersvelde, dirigée par Monsieur le maire en personne. A l’issue de la messe, nous les remercions en échangeant le verre de l’amitié.
Père abbé s’en va à Tilburg pour y exercer son ministère de père immédiat en y faisant la visite régulière.  Il est accompagné de Dom Lode d’Orval comme interprète.
Retour de notre frère Stanislas doté du don de la glossolalie, surtout celui du français. C’était bien là le but premier et ultime de ses 2 mois à Mission Langues à Angers.

Le moine ne parle que lorsqu’il est interrogé dit Saint Benoit dans sa Règle. Nous vivons cela à la lettre durant toute la semaine du mardi 26 au dimanche 01 juillet. De fait, quelques frères sont interviewés en vue du nouveau DVD sur la vie de la communauté.

Sans nul doute possible, le commentaire que fait Père Abbé de la dernière exhortation apostolique du pape « Gaudete et Exsultate » va aider à nous sanctifier. N’est-ce-pas là, le but ultime de toute vie chrétienne, monastique y compris.

Le Mahatma Gandhi a fait, comme chacun sait, des émules à travers l’histoire. C’est peut-être dans cette lignée que s’inscrivent  Etty Hillesum, Germaine Tillion, Boris Pasternak, Alexandre Soljenitsyne, Nelson Mandela, Malcolm X, David Shulman, Edward Snowden.  Il s’agit là des  figures qui ont réussi à concilier au plus haut degré exigence morale et action publique. Elles ont fait face à des ennemis qui n’étaient pas de même nature et leurs réponses furent diverses. Toutes, pourtant, risquant leur liberté, parfois leur vie, ont refusé de se soumettre, tant aux adversaires qui les menaçaient qu’à leurs propres démons : elles ont eu le courage de résister en évitant de céder à la haine. Par le récit de ces huit destins emblématiques, et non à travers des concepts désincarnés, le lecture du livre « Insoumis » de Tzvetan Todorov nous offre une passionnante source de réflexion sur les enjeux politiques de notre monde, mais aussi sur ceux, plus ordinaires, de nos vies anonymes.

Avec les beaux jours de juin revient la possibilité d’entreprendre de grands travaux prévus depuis un certain temps. Ainsi, une entreprise réapproprie le perron de l’église après que Sébastien et Freddy aient revu l’éclairage des escaliers par ailleurs dotés d’une rampe d’accès. Une autre entreprise entreprend la réfection des chéneaux de la toiture de l’église qui menaçaient ruine ! Puis une troisième entreprise commence de gros travaux du côté de l’hôtellerie pour l’assainissement des eaux usées domestiques.

Vers 1855, Dom Dominique avait construit une chapelle/sépulcre pour les sœurs de l’école où il allait célébrer tous les jeudis. Celle-ci, abandonnée après que les sœurs se soient installées dans de nouveaux bâtiments (aujourd’hui occupés par le Secours catholique), fut intégrée en clôture lors de l’élargissement de celle-ci en 1964. Ce sépulcre d’une belle facture intérieure était envahi par des racines qui en faisaient éclater les murs. Sébastien et Roberto commencent un délicat travail de restauration.

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Saints Pierre et Paul

Pierre avait reçu plusieurs faveurs de Jésus, et se croyait au-dessus de la mêlée :
Pêcheur du lac de Galilée, c’est dans sa maison que Jésus se sentait chez lui.
Avec Jacques et Jean, les deux autres disciples préférés, ils reçurent la grâce de la Transfiguration.
Nous venons d’entendre dans l’évangile Jésus demandant « pour vous, qui suis-je ? » Pierre répond le premier et reçoit les clés du Royaume dans une annonce solennelle : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.

Paul faisait un bon pharisien, modèle de rigueur religieuse et de pratique  consciencieuse de toute la Loi.  Il énumère ses titres de gloire lorsqu’il écrit aux Philippiens (3,5) :
Circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin,
Hébreu, fils d’Hébreux ;
pour l’observance de la loi de Moïse, j’étais pharisien ;
pour ce qui est du zèle, j’étais persécuteur de l’Église ;
pour la justice que donne la Loi, j’étais irréprochable.

Tels furent les deux saints que nous célébrons aujourd’hui.  Telle leur face humaine glorieuse.  Mais il y eut également la face plus sombre.

De suite après avoir reçu les clés du Royaume, Pierre se croit autoriser à reprendre Jésus lorsqu’Il annonce pour la première fois sa mort prochaine, au point que Jésus le tance vertement : Arrière Satan… (Mt 16,22-23).
Pierre fut toujours le premier à intervenir, le premier à affirmer son attachement à Jésus, le premier à promettre qu’il restera fidèle.  Il fut le premier à dégainer son épée pour protéger Jésus de la milice envoyée par les prêtres et les scribes.  C’est lui qui coupa l’oreille d’un des soldats… Mais il n’était pas meilleur que les autres… lorsque Jésus fut arrêté en emmené, Pierre aussi s’enfuit piteusement.  Même s’il revint ensuite, par curiosité pour voir comment tout cela se terminerait.  C’est ainsi qu’il fut le premier à renier le maître, et par trois fois.  Mais aussi le premier à pleurer amèrement.

Paul, combattit avec toute la force de son caractère et toute la conviction de son bon droit les premiers disciples de cette nouvelle « voie » qui faisait déjà des émules.  Alors qu’il terminait sa formation pharisienne aux pieds de Gamaliel (Ac 22,3), lorsqu’Étienne fut lapidé, les Juifs avaient déposé leurs vêtements au pied de ce jeune homme qui approuvait le meurtre (Ac 7,58 ; 8,1).  Après ces événements une persécution féroce éclata contre l’Église de Jérusalem.  Les Actes des Apôtres nous rapportent comment Paul fut un des leaders de ce mouvement de défense de la vraie religion juive.  Mais, après sa conversion, Paul n’hésite pas à affirmer :
Et en tout dernier lieu, il (le Christ) est même apparu à l’avorton que je suis(à moi qui) ai persécuté l’Église de Dieu (1Co 15,8-9).
Lorsque Paul se définit comme l’avorton, il utilise un terme inconnu en français.  Alors qu’il n’était pas encore né à la foi en Jésus,  essaya par tous les moyens de tuer l’Église, tel l’enfant dans le sein de sa mère voulant tuer celle qui le porte et le nourrit… L’enfant à naître assassin de sa mère…

Les fautes des deux apôtres n’empêcha pas Jésus de leur donner une tâche bien précise.  Rappelons-nous le repas sur les bords du Lac de Galilée où Jésus par trois fois demande : Pierre m’aimes-tu ?  puis lui donne sa tâche : sois le berger de mes brebis (Jn 21,15-19).
De même pour Paul dont Jésus veut faire une cheville ouvrière de l’Église naissante ;   Le Seigneur dit à Ananie : Va ! car cet homme est l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations, des rois et des fils d’Israël (Ac 9,15).

Ils furent de grands apôtres de l’Église naissante, mais avec des souffrances, des persécutions, comme le dit encore Jésus :
à Pierre : quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller (Jean 21,18).
à Paul : je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom (Ac 9,18).

C’est ce que Paul rapporte lui-même dans la seconde épître aux Corinthiens :
Cinq fois, j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ;
trois fois, j’ai subi la bastonnade ; (et la suite)  (2Co 11,25-26).

Plus loin dans la même épître, il dit avoir supplié le Seigneur de lui ôter l’écharde dans la chair, il lui fut répondu : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse (2Co 12,9).

L’extrait de la seconde épître à Timothée que nous avons entendu en seconde lecture, Paul fait le bilan de sa vie, sachant que sa fin est proche, en écrivant :
le moment de mon départ est venu.  Je me suis bien battu,
j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle (2Tim 4,6-7).

Pierre et Paul rendirent finalement le plus grand témoignage, le  témoignage du martyre, à Rome, comme couronnement d’une vie bien remplie, comme nous le rappellera la préface de ce jour.

Nous qui sommes pécheurs comme les apôtres, appelés à faire des choses moins grandes que les apôtres, invités à partager la gloire de tous les saints avec les apôtres, demandons dans cette eucharistie la grâce de la persévérance dans les moments difficiles.  Le Seigneur exauce toujours, mais pas nécessairement comme nous le demandons.

Frère Bernard-Marie

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Homélie pour le Dixième Dimanche

La résurrection

Nous venons de terminer, vendredi dernier, les célébrations liées au cycle liturgique de la fête de Pâques.  La liturgie de ce dimanche nous permet de méditer le sens de tout ce que nous venons de vivre durant le Temps Pascal et les fêtes qui suivent.
C’est vers l’an 55 que Saint Paul écrivit sa seconde épître aux Corinthiens, dont est extraite la deuxième lecture de ce jour.  Soit à peine une vingtaine d’années après la mort de Jésus.  Dès cette époque, Saint Paul, a une idée très claire de la vie sur terre d’une part, de la vie après la mort d’autre part.  Après avoir affirmé :
nous croyons, c’est pourquoi nous parlons,
voici que Paul nous propose une méditation de la résurrection, telle que l’Église commençait à la proclamer à cette époque.  Et il continue :
Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus
nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus,
et il nous placera près de lui avec vous.
Après notre vie sur cette terre, Paul affirme que nous aurons part à la vie de ressuscité avec Jésus, dans les cieux.  Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?
Même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre, est détruit, nous avons un édifice construit par Dieu, une demeure éternelle dans les cieux.
C’est la résurrection de Jésus qui nous révèle la réalité de la résurrection, vérité toujours actuelle et tellement dense, dont nous avons du mal à prendre pleinement conscience…
Devant cette gloire immense et éternelle qui nous attend, tous les soucis, toutes les souffrances qui peuvent être les nôtres sont relatives, comme le dit encore Saint Paul :
Notre détresse du moment présent est légère
par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle.
Vivre éternellement en présence de Dieu et de tous les saints, en présence de tous ceux que nous avons aimé sur terre… cela n’a pas de prix.  Nous oublions trop souvent cette Bonne Nouvelle que Jésus est venu nous enseigner.  La vie chrétienne, la relation à Dieu par la prière, par la participation à l’eucharistie, est une préparation à la rencontre avec Dieu pour toujours.  C’est pourquoi :
Même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.
Cet homme intérieur, c’est notre âme, c’est notre cœur.  Dieu est présent dans notre cœur et Il nous invite à vivre au jour le jour de l’amour qu’il Est, de l’amour qu’Il nous donne, cet amour qui fait que nous sommes vivants et aimants.  Trop souvent nous ne voyons que le côté sombre de notre vie, les difficultés, les soucis ; nous n’entendons que les critiques, les malheurs qui nous arrivent ou qui s’abattent sur le monde et tant de nos frères.
Même si tout cela est triste, désagréable, regrettable, nous risquons de ne voir que notre finitude, le vieillissement, les souffrances que nous endurons :
Nous le savons, en effet, même si notre corps,
cette tente qui est notre demeure sur la terre, est détruit,
Saint Paul nous répond encore lorsqu’il dit :
notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ;
ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel.
L’amour ne se voit pas, l’amour aide à la construction de notre vie humaine et de notre vie avec les autres.  Chaque acte d’amour aide surtout à la construction de cette demeure éternelle :
un édifice construit par Dieu, une demeure éternelle dans les cieux, selon l’expression de Saint Paul.
Cette demeure est édifiée avec toutes les pierres d’amour que Dieu pose dans notre cœur et que nous posons dans notre vie.
C’est cela notre foi en la résurrection.  Notre vie sur cette terre n’est que la première étape de notre vie tout court, notre vie avec Dieu, avec tous ceux que nous avons aimés, avec les anges et les Saints.  C’est ce que nous proclamons dans le Credo que nous proclamerons dans quelques instants : Je crois en la résurrection des morts et en la vie éternelle.
Demandons à Dieu que, par la participation au repas eucharistique Jésus fortifie notre foi et nous rende heureux de vivre notre vie ici, en attendant la grande rencontre là-haut.

Frère Bernard-Marie

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